Le COVID-19 contamine le secteur énergétique

Amel Gelly

17 Avril, 2020

AGADIR, Maroc – Face à la pandémie du Covid-19, le monde connaît une crise sanitaire et économique inédite depuis au moins la fin de la seconde guerre mondiale. Cette crise est d’autant plus impressionnante qu’elle était inattendue.

Du fait de la propagation rapide du virus et de l'impréparation en vue d’une telle crise, plusieurs pays sont confrontés à une pénurie de masques. La Chine qui connaît la fin de l'épidémie COVID-19 s’impose alors comme principal exportateur de masques. Elle a en effet déjà exporté pas moins de 3,86 milliards de masques, vers une cinquantaine de pays mais est incapable de couvrir la demande mondiale même à une production de 120 millions de masques par jour depuis début mars. Nous avons alors beaucoup de demande et peu d’offre alors comme le veut la dure loi du marché, une cargaison initialement destinée à la France a été finalement livrée aux Etats-Unis qui l’a payée trois fois le prix du marché. Cette crise révèle donc l'interdépendance des pays et de la vulnérabilité de la plupart des pays face aux puissances économiques.

Alors qu’en est-il du secteur de l'énergie et de la dépendance énergétique ?

Le secteur de l'énergie comme tous les autres secteurs économiques a été touché par cette crise économique. Alors que la moitié de la population mondiale est confinée, le trafic aérien, maritime et routier, les transports en règle générale sont presque totalement à l'arrêt ce qui entraîne par conséquent la diminution de la demande pour les carburants tels que  l’essence, le fioul, le gazole aussi appelé gasoil ou diesel et le kérosène (carburant des avions) tous issus de la distillation du pétrole dans les raffineries. 
Toutes  activités non nécessaires sont aussi à l'arrêt, ainsi la plupart des industries et donc leurs usines ainsi que les commerces non essentiels (restaurants, cinéma, magasins) sont fermés ce qui provoque la forte diminution de la consommation d’électricité qui n’a pas été compensé par l’augmentation du télétravail et le recours au numérique qu’il nécessite. La consommation d'électricité a ainsi diminué de 7,8% en Chine en base annuelle sur les deux premiers mois de l’année, de 15% en France par rapport au niveau habituellement constaté au mois de mars, et de 15,5% au Maroc. Or la production d'électricité mondiale est principalement issue d’énergies fossiles (85%) avec une part de 31% pour les produits pétroliers, 25% pour le charbon et 24% pour le gaz naturel et 5% pour le nucléaire (fossile car provient de l’uranium). Les énergies renouvelables représentent une part inférieure à celle des énergies fossiles, au total 15% avec 10% pour la biomasse (considérée comme une énergie renouvelable et sous certaines conditions est moins polluante que les énergies fossiles), 3% pour l’hydraulique, 2% pour le solaire, l’éolien et la géothermie. 

Les énergies fossiles sont exportés par les pays producteurs de ces énergies, le pétrole premièrement  est principalement produit par les Etats-Unis premier producteur mondial avec 571 millions de tonnes/an suivi de l'Arabie Saoudite avec 561,7 millions de tonnes/an le principal producteur de l'OPEP (Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole qui compte 13 membres) et en 3e position la Russie avec 554,4 millions de tonnes/an. Quant au charbon, les producteurs majeurs sont la Chine avec 46,7% puis les États-Unis avec 9,3% et ceux du gaz naturel sont là encore les États-Unis avec 20,5% et la Russie avec 17,8% même s’il est important de préciser que les États-Unis importe plus qu’il n’exporte de gaz ce qui fait de la Russie le premier exportateur de gaz. Enfin les producteurs d’uranium en 2018 sont le Kazakhstan avec 21 705 tonnes et la Russie avec 7 001 tonnes. Les autres pays consommateurs sont ainsi dépendants de ces pays producteurs.


Mais étant donné les circonstances actuelles, ces pays producteurs subissent la diminution de la demande d'électricité et particulièrement le marché pétrolier. La demande mondiale de pétrole devrait en effet diminuer d’environ 350 000 barils par jour en 2020 (Baril : Unité de volume propre à l'industrie du pétrole et valant 158,98 litres). Le marché est alors déséquilibré avec une offre en excédent et qui a donc pour conséquence la chute des cours du baril de pétrole, alors qu’ils tournaient aux alentours de 60 dollars au début de l’année, le prix du baril selon le panier de l’OPEP est juste au-dessus de 21 dollars,  des niveaux plus vus depuis 2002. De plus, l'électricité se stocke difficilement, il est donc nécessaire d’ajuster la production à la consommation. L’OPEP et leurs 10 partenaires avec lesquels forment l’alliance OPEP tentent donc de réagir. L’OPEP a même invité pour la première fois des pays producteurs extérieurs à l’alliance comme le Canada et la Norvège et l'Arabie Saoudite et la Russie ont renoué le dialogue et mis fin à la guerre des prix déclenchée suite à un désaccord après leur dernière conférence à Vienne, le 6 mars 2020. Voilà qui prouve l’ampleur de la crise économique qui touche le marché pétrolier. L’objectif de ces réunions est de s’allier pour réduire la production de pétrole, la réduction est prévue de 10 millions de barils par jour en mai et en juin, afin d’empêcher les limites de stockage et éviter aux prix de diminuer davantage, même si elle ne permettra toujours pas de rétablir l'équilibre souhaité du marché. Mais cette entente est efficace seulement si tous les pays producteurs y participent. Les États-Unis souhaitent aussi réduire l’offre pour stabiliser les prix, mais ils ne peuvent participer aux discussions puisque leur sévère réglementation “antitrust” interdit ce type d’entente. 

Cette crise du marché pétrolier pose alors deux questions. Premièrement, celle de l’après coronavirus car comme on l’a vu la production de pétrole est à l’arrêt et lorsque la reprise arrivera, les industries ne seront pas prêtes et par conséquent le prix du pétrole explosera. Charles Gave, essayiste, financier et entrepreneur français prédit ainsi un choc pétrolier, c’est-à-dire une hausse massive et rapide du prix du pétrole qui déclenche généralement une crise pour les pays n'en produisant pas, ou pas assez et qui sont dépendants de l'importation. Les variations du prix de « l'or noir» ont une incidence directe sur l'économie en général. 
Par ailleurs la diminution du prix du pétrole ne doit pas faire croire à l’abondance de pétrole, alors que c’est une énergie non renouvelable, que les découvertes sont au plus bas et que seul le pétrole non conventionnel, comme les sables bitumineux ou les pétroles de schiste américains, est en croissance, avec des coûts faramineux, qui ne sont désormais plus soutenables pour les producteurs.
Le marché pétrolier est le plus important mais cela est aussi valable pour les autres énergies fossiles.

Ainsi, les énergies fossiles en plus d’être polluantes sont limitées et au cœur d’enjeux géopolitiques. Or un pays a besoin d’énergie pour assurer son bon fonctionnement et sa sécurité économique. Il est donc plus qu’indispensable qu’un pays soit indépendant sur le plan énergétique. Les pays ont alors plus qu'intérêt de développer les énergies renouvelables. Plusieurs pays ont la possibilité de développer l’énergie solaire, éolienne ou hydraulique. Et tous peuvent produire l’énergie biomasse puisque le terme “biomasse” désigne l’ensemble de la matière organique d’origine végétale ou animale (bois, déchets végétaux, algues…) pouvant devenir source d’énergie par combustion. Cette énergie est donc très accessible dans notre société de consommation qui produit des déchets au quotidien (résidus agricoles, déchets alimentaires, fumier animal…). Le développement du biogaz issu de la biomasse assure une source locale d'électricité et de chaleur, et dans le cas du biométhane obtenu à partir du biogaz a les mêmes avantages que le système de gaz naturel, mais sans émissions polluantes.

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